à propos
direction collective du Théâtre de la Vie
par une délégation du collectif Ravie
de janvier 2023 à janvier 2027
Habib Ben Tanfous
Quentin Chaveriat
Siam de Muylder
Mélissa Diarra
Manon Di Romano
Elisa Firouzfar
Jérémy Lamblot
Cyriel Lucas
Léopold Terlinden
saison 2026-2027
Pour que ce théâtre soit un refuge au monde
qui brûle.
Nourrissons ce foyer, qui reçoit, nous donne
la force de se relever, de se recueillir,
de se rassembler, de tenir bon,
de s'emparer de notre histoire
et d’abriter le feu.
Celui qui réchauffe les vivant·es et ravive
la mémoire des disparu·es.
Ceci est une ode à l’hospitalité, aux invitations,
à la chance d’être ensemble et de se tenir chaud.
Une ode aux recueillements, aux résistances et
aux colères salvatrices.
De celle que l’on ne peut pas écrire seul·es.
Même à 9 nous ne serons jamais assez.
Nous invoquons les liens tissés dans ces murs
pour poser les mots que nous n’avons pas.
- écrit à 18 mains
Cette saison, la délégation
du collectif Ravie laisse la parole
à Abed Kobeissy et Stephanie kayal,
deux artistes en création et en représentation
au Théâtre de la Vie en octobre 2025.
Nous n’aurions jamais pensé pouvoir un jour
nous permettre de parler en termes absolus.
Mais aujourd’hui, nous le pouvons.
Nous avons vu le visage du Mal.
L’art questionne, et questionne encore. Il doute.
Pour un artiste, le doute est un outil puissant.
Aujourd’hui, nous, deux artistes de Beyrouth,
nous nous retrouvons finalement sans lui.
Nous avons vu le visage du Mal.
Le temps des marques de soutien est passé.
Le temps d’éduquer les autres est passé.
Tout le monde sait. Tout le monde savait déjà.
Le moment est venu de riposter, de toutes
nos forces, avec toutes nos failles. De courir
aux côtés de nos démons, ces mêmes démons
qui ont fait de nous des artistes. De courir
à perdre haleine, jusqu’à la scène.
Le moment est venu de rassembler les morceaux
brûlés de nos corps démembrés. De les réparer
avec du ruban adhésif et des clous s’il le faut
et de le faire vite. Puis repartir à l’assaut.
Le moment est venu de puiser notre force les un·es
des autres. Dans nos peurs. Dans nos péchés.
Dans la majesté de notre solitude.
Et de courir dans le feu.
Le moment est venu de ne laisser personne
derrière nous. De ne pas laisser de silence.
De saisir notre déni à la gorge et cracher
à son visage familier.
Le moment est venu de graver dans nos mémoires
chaque détail des visages de celles et ceux
que nous avons perdus, et de laisser de la place
aux visages que nous perdrons encore.
Il ne suffit plus d’influencer notre public.
Le moment est venu d’être des sorcier·es.
Nous avons vu le visage du Mal. Nous avons vu
ce qu’ils font. Nous avons ressenti l’inimaginable
force des ténèbres impitoyables. Et pourtant,
« nous sommes condamné·es à l’espoir ».
Même si cet espoir, dans les jours les plus
sombres, ressemblera plus à une malédiction
qu’à une bénédiction. Cet espoir naît d’un fait
simple : nous n’avons pas d’autre choix que
de rester. Rester sur scène, comme celles et ceux
qui choisissent de rester dans leurs maisons
et sur leurs terres, sur les champs de bataille ;
et comme eux, nous devons déclarer notre scène
comme terre souveraine. Nous devons faire tout
cela, et même davantage, car nous devons nous
efforcer de léguer à la prochaine génération
un monde meilleur que celui que nous avons reçu.
Et à travers tout cela, il est aussi temps d’être
bienveillant·es les un·es envers les autres, surtout
lorsque la bienveillance semble impossible.
Parce que c'est à nous de jouer ; personne
ne viendra prendre notre place si nous échouons.
Il n'y a pas de plan B. Maintenant, c’est le moment.
.لأنفسنا بالحديث بعبارات المُطْلَق. لكن ها نحن. لقد رأينا وجه الشرّ.
لم نكن نظنّ يوماً أنّنا سنسمح
بالنسبة للفنّان أداةٌ أساسيّة. أمّا اليوم، ها نحن—فنّانان من
الفنّ يسائل، ثم يعود ويسائل مجدّداً. يُشكّك. الشكّ
.بيروت—نجد أنفسنا أخيراً بلا شكّ. لقد رأينا وجه الشرّ
.لقد فات أوان تثقيف الآخرين. الجميع يعلم. الجميع كان يعلم أصلاً.
.لقد فات أوان مواقف التعاطف
إخفاقاتنا. أن نركض جنباً إلى جنب مع شياطيننا — الشياطين
الآن حان وقت الهجوم المضاد—بكلّ قوتّنا، وبكلّ
.فنّانين. أن نركض كالريح حتّى نصل إلى خشبة المسرح
ذاتها التي صنعت منّا
الممزّقة. أن نثبّت شظاياها بشريط لاصق ومسامير إن
الآن حان وقت جمع الأشلاء المحترقة من أجسادنا
.وأن نفعل ذلك بأسرع وقت ممكن. ثم نهجم من جديد —
من خوفنا. من خطايانا. من عظمة عزلتنا. وأن نندفع نحو
.الآن حان وقت أن نستمدّ القوّة من بعضنا البعض
.اللهيب
.كلاماً مستوراً. أن نمسك بإنكارنا ونبصق في وجهه المألوف
الآن حان وقت ألّا نترك أحداً خلفنا. ألّا ندع
.وجوه من فقدناهم — وأن نترك مساحةً لوجوه من سنفقدهم تالياً
الآن حان وقت أن نحفر في ذاكرتنا كلّ تفاصيل
.نكون مؤثّرين في جمهورنا. حان الوقت لنكون سَحَرة
لم يعد كافياً أن
شعرنا بجبروت الظلام الذي لا يهدأ. ومع ذلك، “نحن محكومون
.لقد رأينا وجه الشر. شهدنا على ما يفعلون
أشبه باللعنة منه بالنعمة. هذا الأمل ينبثق من حقيقة بسيطة: لا خيار
بالأمل”. حتى لو كان أملاً يبدو في أحلك الأيّام
،المسرح، تماماً كأولئك الذين اختاروا البقاء في بيوتهم وأراضيهم
لنا سوى الثبات والبقاء. علينا أن نبقى على خشبة
نُعلن الخشبة أرضاً محرّرة. علينا فعل كلّ هذا وأكثر، لأنه يجب أن
وفي ساحات الاشتباك، ومثلهم تماماً، علينا أن
.نطمح إلى تسليم الجيل القادم عالماً أفضل ممّا أُعطيَ لنا
بعضنا بلطف، لا سيّما حين يبدو اللطف فعلاً مستحيلاً. لأنّنا كلّ ما
وعبر كلّ هذا، حان أيضاً وقت أن نتعامل مع
.أحد ينتظر أن يحلّ محلّنا إن أخفقنا. لا توجد خطط بديلة
هو متوفّر. لا يوجد
.الآن، حان الوقت
We never thought we could one day allow
ourselves to speak in absolutes. But now we
can. We have seen the face of Evil.
Art questions, and questions again. It doubts.
For an artist, doubt is a powerful tool.
Today, we - two artists from Beirut - finally
find ourselves without it. We have seen
the face of Evil.
The time for shows of support is overdue.
The time for educating others is overdue.
Everyone knows. Everyone already knew.
Now is the time to charge back - with all
our might, and all our failings. To run
alongside our demons - the same demons
that made us artists. To run like hell,
all the way to the stage.
Now is the time to gather the burnt pieces
of our dismembered bodies. To fix them with
duct tape and nails if we must - and to do
so quickly. Then charge back.
Now is the time to draw strength from
each other. From our fears. From our sins.
From the majesty of our solitude.
And run into the fire.
Now is the time to leave no one behind.
To leave nothing unsaid. To grab hold of our
denial and spit in its familiar face.
Now is the time to memorize every detail
of the faces of whom we lost - and to leave
space for the faces of whom we will lose next.
It is no longer enough to influence our
audience. Now is the time to be sorcerers.
We have seen the face of Evil. We have seen
what they do. We have felt the inconceivable
force of the unrelenting Dark. Still, “we are
bound by hope”. Even if it is a hope that
in the darkest of days will feel more like
a curse than a bliss. This hope comes from
a simple fact; we have no other choice but
to remain. To remain on stage, much like
those who chose to remain in their homes
and their lands, and in the battlefields,
and just like them, we must declare our
stage as sovereign soil. We must do all this
and more because we must aim to deliver
to the next generation a world that is better
than the one we were given.
And through all of this, it is also time
to be kind to each other, especially when
kindness seems impossible. Because we are it;
no one is waiting to step in to replace
us if we fail. There is no plan B.
Right now, it is time.
saison 2025-2026
Controns les secousses à venir.
Ce monde planifié par certains dénature ce qui fait
sens pour nous. Nous c’est potentiellement, 10, 18,
21, 157, ou encore 8000…
Prenons la diagonale pour résister.
Nous rêvons d’espaces
d’exploration, de bouleversement, de trouble,
de joie, de lutte, qui invitent l’intime, le tout,
l’infiniment petit, l’invisible, les à-côtés,
les rejeté·e.s, les non conformes.
Nous refusons la séduction pour rassurer
sans déranger. Nous nous voulons grincement.
Prenons le risque de perturber, d’explorer des zones
d’ombre, de heurter parfois, d’ouvrir des brèches
dans la pensée dominante.
Cette vision de la société nie la fragilité.
Elle veut de la certitude, du contrôle, de la sécurité,
du résultat, du mesurable. Mais ce qui résonne
en nous c’est précisément le soin accordé
à l’incertitude, l’éphémère, l’inattendu.
Ici tout peut échouer, tout doit pouvoir y échouer.
Ce qui compte, c’est le cheminement,
la tentative, le crépitement.
Nous défendons un théâtre libre, désordonné,
imparfait — vivant.
Un théâtre qui s’offre comme un espace de doute,
de mise en danger. C’est pour nous, aujourd’hui
plus que jamais, une nécessité politique.
Il ne faut pas plier, sans cesse s’assurer
que la parole ne soit pas calibrée, le discours
pas formaté, pour que l’émotion ne soit
pas codifiée.
Il est urgent de défendre cette liberté. De refuser
la marchandisation de la culture. De résister
à cette idée du monde étriquée et dangereuse
où tout doit avoir un prix, une valeur,
une rentabilité, une utilité, une normalité.
La culture ne se négocie pas.
Faisons de travers.
Continuons !
le lieu
Situé au cœur de Saint-Josse à Bruxelles,
le Théâtre de la Vie est un lieu de création
et de représentations. Espace d’expression
théâtrale, chorégraphique et musicale, il offre aux artistes émergent·x·es et immergé·x·es
un soutien bienveillant et l’occasion de tenter,
d’expérimenter, prendre des risques.
Depuis janvier 2023, la direction du théâtre
est assurée collectivement par une délégation
de l’asbl Ravie, regroupant des jeunes artistes, technicien·nes et administrateur·ices,
producteur·ices actif·ves dans le domaine
des arts de la scène.
Ce projet, porté à 10, tente de questionner
le rôle de l'institution et sa place dans le paysage
culturel — en favorisant l’accès à la scène
à des récits invisibilisés, à des artistes peu
représenté·x·es et/ou connaissant des oppressions
systémiques — et sociales — en favorisant les liens
avec les habitant·x·es du quartier et
initiatives associatives voisines.
historique
Fondé en 1971 par Herbert Rolland (direction
artistique) avec Nicole Dumez et Léon Küpper,
le Théâtre de la Vie est à l’origine une compagnie
théâtrale itinérante jeune public.
En 1988, le Théâtre de la Vie s’installe
au 45 de la rue Traversière à Saint-Josse,
à Bruxelles. La compagnie s’implante
dans un bâtiment industriel édifié en 1895
qui servait anciennement de dépôt
de fabrication métallique. Les structures
de poutrelles et de colonnes en métal
présentes dans le bar et la salle de spectacle
illustrent le type de produits commercialisés
par les firmes successives de l’époque.
Cette période marque deux grands changements
pour la compagnie de théâtre : sa métamorphose
en lieu théâtral et son changement de public,
ses œuvres s’adressant dorénavant aux adultes.
Ancré dans un principe de « théâtre de création
contemporaine », le Théâtre de la Vie prend le parti
de privilégier la rencontre, entre les artistes et
avec le public, autour de questions existentielles.
Intimement lié à la réalité de l’époque, il accueille
en son creux aussi bien des œuvres classiques
que des « classiques modernes »
(Molière, Brecht,…).
Juillet 2010, Herbert Rolland, directeur et figure
marquante, décède. S’ensuit une période
de transition assumée par Claudia Gäbler
assistée d’Anik Rolland, qui entamera un travail
de réflexion sur les enjeux actuels
de la création théâtrale.
De 2013 à 2023, la direction générale est artistique
est confiée à Peggy Thomas, comédienne et
metteuse en scène, est choisie pour affirmer
l’originalité du lieu, stabiliser la gestion et défendre
une programmation qui témoigne d’une diversité
tout en prêtant une attention particulière
à la jeune création.
En janvier 2023, le conseil d’administration mise
sur une direction collective, une première dans
le paysage théâtre francophone belge.
Ce sont ainsi 12 membres du collectif Ravie
qui sont nommés à la tête du Théâtre de la Vie
jusqu’en décembre 2027. Ce nouveau projet
de direction collective vise à montrer l’efficacité
d’une gouvernance horizontale, permettre
aux artistes invisibilisé·es de jouir d’un lieu
institutionnel ainsi qu’a proposer un lieu
qui soit en lien avec son environnement;
que le quartier puisse se reconnaître dans
une institution publique locale.
La délégation du collectif Ravie se veut comme
un véritable vent de changement :
« Nous sommes témoins d’un fossé grandissant
entre le fonctionnement, trop souvent vertical
et patriarcal, d’institutions qui ont du mal
à renoncer à certains modus operandi et
à certains privilèges, et une jeune génération
de créateur·ices et de spectateur·ices rêvant
d’un renouveau fonctionnel et artistique.
Nous proposons donc un projet qui tienne
compte des préoccupations esthétiques
et politiques contemporaines – avec
la transdisciplinarité, l’horizontalité,
l’inclusivité et la soutenabilité pour étendards.
Nous voulons mettre en lumière des artistes
émergent·es et immergé.es, et leur offrir un soutien
bienveillant. Nous voulons sortir d’un système
de l’efficacité et de l’injonction à la réussite
pour affirmer un droit à la tentative
et à l’expérimentation. »
partenaires
Avec le soutien de la Fédération Wallonie Bruxelles
(FWB) et de la COCOF.













